papé ou papet n. m.
les citations
Drôme, Alpes-de-Haute-Provence, Provence, Languedoc, Pyrénées-Orientales, Lozère, Haute-Loire (Pays de Saugues), Limousin, Gironde fam. "grand-père (parfois, arrière-grand-père) ; vieil homme". Synon. région. papapa*, papette*. – Près de la fenêtre, dans un fauteuil, un papet sans âge (P.-J. Vuillemin, Les Contes du pastis, 1988, 80). Il leur tardait d’être papets (Fr. Fernandel, L’Escarboucle, ma Provence, 1992, 3).
1. – Comment va le papet ?
– Bien. Il vous envoie le bonjour. (P. Magnan, L’Aube insolite, 1998 [1946], 275.)
2. Ugolin, tout ému, regarda son Papet avec une grande reconnaissance. « C’est beau, quand même, d’avoir un papet comme toi… Té*, il faut que je te fasse la bise ! » (M. Pagnol, Jean de Florette, 1995 [1963], 847.)
3. Le papé Ardailhan travaillait dans les ruches à mains nues, il retirait le miel sans masque, sans soufflet à fumée. Il s’expliquait calmement avec les abeilles. […] Jean Hur ne manquait pas d’accompagner le papé du Canaan […]. Le vieillard avait ainsi communiqué à l’enfant sa dévotion pour l’Abeille […]. (J.-P. Chabrol, La Gueuse, 1966, 139.)
4. Le Papé se taisait maintenant et bourrait sa pipe. (M.-A. Laurens, « Noël ! », Lou Païs, décembre 1971, 235.)
5. Au mas, le Papé traînant sa longue vie de labeur dans les courbures de son corps et les rigoles de son visage, […] prenant le soleil sur le banc de bois accoté à la maison […]. (P. Roux, Contes pour un caganis, 1983 [1978], 8.)
6. […] ils ont tous ici de prétendues racines, ne serait-ce que l’héritage d’une maison d’enfance du temps déjà où ils venaient chez le papé en vacances pour le bon air et les caillades* blanches. (A. Galan, Le Retour de Rastignac, 1982, 23.)
7. Avec ses trois enfants, elle ne manquait pas de travail, mais sa mère l’aidait, depuis que le papet avait laissé la forge et ne vivait plus que de ses rentes et du vin. (G. J. Arnaud, Les Moulins à nuages, 1988, 242.)
8. À cette époque [dans l’entre-deux-guerres], rares étaient les fermes où il n’y avait pas un « papé ». Le « papé » n’est pas un vieux à la retraite qui s’adonne à des activités futiles. C’est un vieillard certes, mais qui, du matin au soir, même lorsque ses forces déclinent, même lorsque ses jambes ne le portent presque plus, s’emploie à des travaux qui incomberaient à d’autres s’il n’était pas là. […] / La disparition du papé est ressentie comme un manque de bras pour le travail, cela on le répète comme un hommage. Mais, en définitive, ce qui manque le plus, c’est sa simple présence, sa présence affectueuse et grognonne au coin du feu ou devant la porte au soleil ; seulement, par pudeur, on n’en parle pas ; plus c’est vrai, plus on se garde de le dire. (M. Donadille, Pasteur en Cévennes, 1989, 97-98.)
9. Un jour, sur le coup de midi, quand on l’appela pour qu’il se mît à table, on s’aperçut que sa bouffarde lui était tombée de la bouche, s’était brisée par terre et qu’il ne respirait plus. Voilà comment le papé Pujol cassa sa pipe. (J. Anglade, La Soupe à la fourchette, 1996 [1994], 162.)
10. La porte s’ouvre, les deux papets entrent ; ils sont drôles, ces deux-là. Ils se parlent presque jamais ; avant la retraite, ils pouvaient pas se saquer et maintenant, ils passent toute la journée ensemble à la table du fond, au bar. (Ph. Carrese, Trois jours d’engatse, 1995, 26.)
11. Pierre montait se coucher, il avait dû dire à Thérèse, « ne montez pas trop tard », et elle de dire en français, « de quoi il se mêle le papé ? » (P. Chevrier, La Haute-Bigue, 1996, 25.)
12. – C’est un vieux papé, nous disaient-ils, tellement vieux qu’il peut plus marcher. Il est là-bas, assis sous un arbre. (J.-Cl. Libourel, Le Secret d’Adélaïde, 1999 [1997], 39.)
13. Je revois la nuit passée dans les ruelles de Cavaillon, la ville de mes grands-parents, l’hiver 78. […] / […] À un coin de rue, j’avais appelé « Papé ! », discrètement, pour voir. Il n’avait pas réagi. (D. Van Cauwelaert, La Vie interdite, 1999 [1997], 239-240.)
14. À ce rythme-là [du déclin de l’occitan], commente Thierry Daullé, directeur du premier collège occitan de Lattes (Hérault), « le risque, c’est qu’un jour on enterrera le dernier papet qui aura prononcé le dernier mot en occitan ». (Le Monde, 3 juillet 1998, 10.)
— Comme terme d’adresse.
15. […] Baptiste [paysan de Monistrol, en Velay, « entré gendre » à Saugues, Haute-Loire] s’était habitué à nommer son beau-père « papé ». (P. Chevrier, La Haute-Bigue, 1996, 103.)
16. – Dès l’entrée de l’enfant, le visage d’Urbain s’était illuminé.
D’abord, viens dire bonjour. C’est mon arrière-petit-fils, présenta-t-il. Il m’appelle papé et à mon fils il lui dit papi. (M. Rouanet, Il a neigé cette nuit, 1997, 20.)
□ En emploi métalinguistique.
17. […] on l’appelait le Papet. Le Papet, d’ordinaire, c’est le grand-père : or, César Soubeyran ne s’était jamais marié, mais il devait ce titre au fait qu’il était le plus vieux survivant de la famille, en somme un Pater familias, détenteur du nom et de l’autorité souveraine. (M. Pagnol, Jean de Florette, 1995 [1963], 667.)
Bouches-du-Rhône, Gard le papet ("désignation plaisante du chiffre 90 au loto").
18. Entre Noël et le Jour de l’An, Maurice est allé au café pour le loto […]. L’officiant tire du plus profond d’un vaste sac les numéros qu’il annonce d’une voix éclatante dans un silence recueilli […].
– Quatre-vingt-dize-neufe !
Le papé, crie en chœur l’assistance. (S. Pesquiès-Courbier, La Cendre et le feu, 1984, 105.)
19. Jean se souvenait de sa première partie de loto où son grand-père l’avait emmené, quand il était enfant, au café du village. Il n’y avait pas de micro alors et, quand on annonçait un numéro sorti, les joueurs, comme des répons à la messe, récitaient en chœur une formule traditionnelle.
Ce qui donnait :
– Quatorze !
– La guerre ! répondait la salle.
– L’as !
– Premier de mille !
– Soixante-dix-sept !
– Les deux cannes !
– Treize ! (Le préposé, exprès, déformait le mot en Thérèse.)
– Ma tante !
– Quatre-vingt-dix !
Le papet ! (R. Castans, « Une soirée au loto » dans A. Roustan (dir.), Nouvelles des Cévennes, 1996 [1994], 58-59.)
20. – 6, la queue en l’air !
Dans un silence religieux, quelques mains tremblantes de l’assistance posent délicatement un flageolet sur la case correspondante.
– Le 90, le Papet !
Quine* !… C’est moi… Quine… (Ph. Carrese, Filet garni, 1996, 13.)
Gard papé-grand "arrière-grand-père".
21. On appelait le père de Nicole Pierre-le-Rouge à cause de ses cheveux frisés qui tiraient un peu sur le rouge. Il ressemblait trait pour trait à son père Marcel qui, lui-même, ressemblait au papé-grand. Toute une lignée de paysans cévenols vivait en ces lieux depuis des siècles. […]
– Plus que des vieux, disait papé-grand, on n’est plus que des vieux… (R. A. Rey, « L’anniversaire » dans A. Roustan (dir.), Nouvelles des Cévennes, 1996 [1994], 109 et 114.)

remarques. Concurrencé par pépé (considéré comme plus courant par NouvelAveyr 1978), papy ou papi ou encore par pépère ou grand-père – qui sont aussi aujourd’hui les formes les plus courantes dans l’ensemble de la France.
◆◆ commentaire. Papé/papet est un emprunt à l’occitan papé, attesté en français du Languedoc dep. 1802 (« Papét ou Papéte, terme de nourrice, Le grand-père » VillaGasc), qui couvre une large aire méridionale, où il coexiste parfois avec papette*. Il est entré depuis peu dans la lexicographie générale du français (Rob 1985 papet, papé « région. et fam. » ; TLF papé « région. (Midi) »).
◇◇ bibliographie. BrunMars 1931 papé ; JoblotNîmes 1924 papet ; NouvelAveyr 1978 papé ; GonthiéBordeaux 1979 papé ; DuclouxBordeaux 1980 papé ; BouvierMars 1986 papé ; MartelProv 1988 papé, papet ; BlanchetProv 1991 papet ; CampsLanguedOr 1991 papé, papet ; DHLF 1992 « papé ou papet […] ne s’emploie que par allusion à la Provence » ; FréchetDrôme 1997 papé ; dans la métalangue de CovèsSète 1995 papet, s.v. capéou ; FEW 7, 588a, pappus.
△△ enquêtes. EnqDRF 1994-96. Taux de reconnaissance : (papé, papet, papète) Gard, Hérault, Aude, Lozère, 100 %.