achée n. f., achet n. m.
les citations
fam. "annélide au corps cylindrique de couleur rougeâtre, utilisé comme appât pour la pêche". Stand. ver de terre, scient. lombric.
1. Orne, Manche, Ille-et-Vilaine (est), Mayenne, Sarthe, Maine-et-Loire, Vienne, Indre-et-Loire (spor.), Eure-et-Loir, Loir-et-Cher (nord) achée [ɑʃe]
1. On revenait avec toutes sortes de trésors, l'un un escargot, moi une achée très longue et très belle, que j'entourais autour de mon poignet comme un bracelet. […] Aussitôt que ma main gauche ne lui tenait plus la queue ou la tête, elle pirouettait vivement dans l'herbe du pré. « Je te rattaperai demain », lui disais-je, car je croyais qu'elle m'aimait, la grande achée du pré, et que toujours c'était elle que je retrouvais. (A. Bardin, Angélina. Une fille des champs, 1958, 14 et 16.)
2. […] les achées chères aux pêcheurs, les tortillants et roses vers de terre […]. (H. Bazin, L'Église verte, 1983 [1981], 67.)
3. Les achées rouges se tordaient au fond de l'eau pour faire signe aux anguilles voraces… (J.-Cl. Ponçon, La Braconne, 1989, 53.)
2. Loire-Atlantique, Vendée, Charente-Maritime, Charente achet.
4. Les anguilles étaient avides de nos achets et nous en soulevions deux ou trois à la fois. (M. Richard, Une enfance heureuse. Une enfance vendéenne, [après 1960], 67.)
5. Il [le pêcheur d'anguilles] retire de sa poche une pelote de ficelle […]. Il en coupe une longueur de cinq à six mètres, sort d'un papier gras une vieille aiguille, et muni de ce nécessaire, enfile les « achets » qui résistent et se contractent sous la pointe métallique. (J.-Cl. Coursaud et al., Gens du bord de Sèvre. Un certain regard sur le Marais poitevin, 1979, 62.)
graphie. Aussi aché m. (BlanWalHBret 1999) ou âchet m. (RézeauOuest 1984 ; SimonSimTour 1995).
prononciation. En Charente (sud) et Charente-Maritime (sud) [ɑʃɛt].
variantes. Par agglutination de l'article, surtout Maine-et-Loire (Mauges), Vendée (est), Deux-Sèvres, Loir-et-Cher (sud) lâchet n. m. fam. « Je ramasse des lâchets, ça fait pondre mes poules » (M. Gurgand, Nous n'irons plus au bois, 1979, 166) ; « Nous pêchions beaucoup de poissons. Les novices s'efforçaient de les attirer à l'aide de gros vers de terre – nous disions “les lâchets” » (P. Bourigault, Le Café de l'église, 1999, 150). Relevé par l'ALF 1371 : Deux-Sèvres, Vienne, Indre-et-Loire, Eure-et-Loir (est), Loir-et-Cher (nord), Indre ; FEW 3, 244b, esca.

◆◆ commentaire. Type lexical du français du Nord-Ouest et de l'Ouest de la France, attesté dep. 1496 chez le Rochelais Andrieu de La Vigne (« Ains que le poisson a l'ain / est pris a l'apast d'un achet […] » Le Mystère de saint Martin, A. Duplat, Genève, 1979, 297, dans la base MF ; v. G. Roques, Z 97, 445). Entré dans les dictionnaires dep. Thierry 1564, considéré par Ménage 1694 sous la forme achée comme « fort en usage dans les provinces d'Anjou & du Maine », enregistré sans marque diatopique dans Lar 1866 (achée f. "nom vulgaire du lombric"), le mot est passé au Québec, où il est usité sous les formes anchet et achet (DHFQ 1998) ; il a été relevé dans les patois de l'Ouest, v. FEW, ALF 1371 (de la Normandie aux Charentes), ALIFO 468, ALBRAMms, ALO 465. La forme achée est un emploi subst. du part. passé/adj. d'afr. aeschier "amorcer" (dep. ca 1160 au sens fig. et dep. 1534 au sens propre), lui-même dérivé parasynthétique sur esche "appât" ; la forme achet est une resuffixation.
◇◇ bibliographie. GLLF Ø ; Rob 1985 achée, achet, « régional », sans exemple ; TLF achée, achet f., sans marque et avec deux exemples tirés d'ouvrages de pêche du 19e s. ; DuPineauR [1746-48] achées pl. ; ClouzotNiort 1907-1923 achet m. ; G. Guillaume, Impacts, 1971/4, 26-52 ; RLiR 42 (1978), 155 (Mayenne, Sarthe, Vendée) ; RézeauOuest 1984 et 1990 achée f., âchet m. (achet et âchet dans les ex.) « très vivant » ; LepelleyBasseNorm 1989 achée f. ; BrasseurNorm 1990 achée m. ou f. ; BrasseurNantes 1993 achée m. ; LepelleyNormandie 1993 achée f. ; PénardCharentes 1993 achet m. ; ChauveauLexOuest 1995 (carte des attestations dialectales, 86 ; commentaire, 88) ; SimonSimTour 1995 âchée f. (achée dans l'ex.) cite un témoin de 70 ans ; BlanWalHBret 1999 aché n. m. (Loire-Atlantique) ; FEW 3, 244b, esca.
△△ enquêtes. EnqDRF 1994-96. Taux de reconnaissance : Loir-et-Cher, Sarthe, 100 % ; Eure-et-Loir, 65 % ; Ille-et-Vilaine, 35 % ; Loire-Atlantique, 20 % ; Maine-et-Loire, 15 % ; Essonne, Indre-et-Loire, Loiret, Seine-et-Marne, Val d'Oise, 0 %.